Les AME à travers la FéNaCEPIB réclament dignité et justice
(Elle adresse des lettres ouvertes à toutes les institutions de la République)
Les Aspirants au Métier d’Enseignant, regroupés au sein de la Fédération Nationale des Collectifs des Enseignants Pré-Insérés du Bénin (FéNaCEPIB), interpellent le sommet de l’État. Leur exigence : transformer une promesse présidentielle en acte concret pour en finir avec une précarité qui mine le corps éducatif et fragilise l’école béninoise.
Recrutés à l’issue d’un test national exigeant, ils ont accepté de servir dans les conditions les plus difficiles. Depuis six ans, les AME sont sur le front de l’éducation, parfois dans des classes surchargées, souvent dans des zones reculées. Leur mission : instruire et encadrer la jeunesse béninoise. Leur réalité : vivre avec l’incertitude du lendemain. Dans leurs lettres ouvertes, la FéNaCEPIB résume ce sentiment d’usure: « Le temps, implacable, use notre jeunesse… Chaque rentrée scolaire, nous la vivons avec la même angoisse : serons-nous encore appelés ? Jusqu’à quand servirons-nous dans un statut précaire ? » L’objet central de leur combat est limpide : voir appliquée la décision, annoncée par le Président Patrice Talon il y a plus de trois ans, de reverser tout AME ayant accompli au moins trois années de service en Agent Contractuel de Droit Public de l’État.
Trois ans, un seuil largement dépassé par la plupart d’entre eux, mais qui n’a toujours pas ouvert la porte de la stabilité professionnelle. Les AME, par la voix de la FéNaCEPIB, ne nient pas les progrès obtenus : passage de neuf à douze mois de salaire, octroi de nouveaux avantages, reconnaissance partielle de leur rôle. Ils le disent clairement : « Ces efforts, Monsieur le Président, nous les reconnaissons avec gratitude. » Mais la reconnaissance ne remplace pas un statut. Et derrière l’amélioration salariale demeure la fragilité d’une carrière qui n’existe pas. Pour faire entendre leur cause, la FéNaCEPIB a adressé des lettres ouvertes à toutes les figures influentes : Président de la République, garant de la promesse, Médiateur de la République, appelé à porter « la voix de la justice », Président de l’Assemblée nationale, pour relayer au Parlement, Ministres, afin de porter le dossier en Conseil, Vice-Présidente et Première Dame, sollicitées pour leur influence et leur engagement social, Leaders des partis majoritaires (UPR et BR), en tant qu’alliés politiques du pouvoir exécutif. Dans chaque missive, une phrase revient comme un refrain : « Nous ne demandons pas une faveur ; nous demandons justice. » L’enjeu dépasse le cadre corporatiste. Il touche à la crédibilité de la parole publique. Si une promesse présidentielle claire et publique ne se concrétise pas, c’est la confiance citoyenne dans l’État qui vacille.
Les AME l’expriment avec une dignité désarmante: « Nous voulons reprendre les classes… mais avec la sérénité de ceux dont l’État a reconnu le service et le mérite. »
Un enseignant en suspens permanent est un enseignant fragilisé. Cette instabilité affecte la qualité de l’enseignement, la continuité pédagogique et, par ricochet, la réussite des élèves.
Comme le rappelle la FéNaCEPIB : « En agissant pour nous, vous agissez pour l’école béninoise, pour la jeunesse, et pour l’avenir de notre pays. » La question est désormais politique autant que sociale. En tenant parole, le gouvernement montrerait qu’au Bénin, engagement rime avec action. À l’inverse, laisser s’éterniser cette situation fragiliserait durablement la relation de confiance entre l’État et ses acteurs de terrain. Les AME ont résumé l’urgence en une phrase : « Notre jeunesse s’épuise dans l’angoisse et l’incertitude. » Une alerte claire, qui résonne comme un avertissement à l’aube d’une nouvelle année scolaire et à quelques mois des grands rendez-vous électoraux.
S. A.