- (Depuis Paris, le président du Sénat met en avant l’impératif d’ordre public et de cohésion sociale derrière ce projet de réglementation des religions)
Depuis Paris, où il participait samedi 29 août 2026 à une rencontre avec des fidèles et responsables de l’Église du Christianisme Céleste, le président du Sénat, Patrice Talon, a annoncé la préparation d’un projet de loi destiné à organiser et encadrer la vie des religions sur le territoire national. L’ancien chef de l’État intervenait dans le cadre de sa mission de facilitation du processus de réunification de cette confession, engagée depuis plusieurs années entre les différentes obédiences du Bénin, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.
À Saint-Ouen-sur-Seine, l’annonce a surtout permis à Patrice Talon de lever un coin du voile sur la philosophie de cette future réglementation. S’appuyant sur l’expérience de l’Église du Christianisme Céleste, il a expliqué que le processus de réunification a conduit l’État béninois à s’intéresser de près à la question de la reconnaissance des différentes entités religieuses. Validation de textes, clarification des structures et détermination de ce qui constitue officiellement une confession reconnue : autant de situations qui, selon lui, montrent la nécessité de disposer d’un cadre juridique plus précis. Pour Patrice Talon, l’enjeu dépasse cependant la seule organisation administrative des cultes. Il touche directement à la préservation de la paix sociale.
Les rivalités entre groupes religieux, lorsqu’elles échappent à tout mécanisme de régulation, peuvent, a-t-il relevé, dégénérer en conflits et conduire à des conséquences dramatiques. D’où la nécessité, selon l’ancien président, de donner à l’État les instruments juridiques permettant d’identifier clairement les organisations religieuses reconnues et de prévenir les usurpations de noms, de symboles ou d’attributs appartenant à des confessions officiellement établies. La réflexion ne serait d’ailleurs pas exclusivement béninoise. Le président du Sénat a indiqué avoir déjà abordé cette problématique avec plusieurs dirigeants et membres de gouvernements africains.
Sans dévoiler les pays concernés, il a laissé entendre qu’une préoccupation similaire existe ailleurs sur le continent : comment préserver la liberté religieuse tout en empêchant que les querelles d’obédience ou les revendications concurrentes ne deviennent des facteurs de désordre ? Cette annonce intervient au terme d’un processus particulièrement suivi autour de la réunification de l’Église du Christianisme Céleste, née au Bénin en 1947 et longtemps marquée par des divisions internes. Depuis plus d’un an, Patrice Talon accompagne les différentes composantes de cette confession dans une démarche destinée à restaurer l’unité, avec notamment la mise en place d’un Conseil supérieur de transition et plusieurs rencontres organisées au Bénin et en France.
Une expérience qui semble avoir nourri une réflexion plus large sur les rapports entre l’État, les organisations religieuses et la préservation de l’ordre public. Le futur texte pourrait ainsi ouvrir un nouveau chapitre dans la régulation de la vie religieuse au Bénin. Son contenu, ses mécanismes de reconnaissance et les garanties apportées aux différentes confessions seront particulièrement scrutés lorsqu’il sera soumis au Parlement. Dans un pays caractérisé par une forte diversité religieuse et une tradition de coexistence entre confessions, le défi sera de taille : organiser sans étouffer, réguler sans remettre en cause la liberté de religion et protéger la paix sociale sans fragiliser le pluralisme confessionnel.
Stéphane AHINOUHOSSOU