- (Face au défi de la formalisation dans ce secteur, l’autorité de régulation prend ses responsabilités)
La décision récemment rendue publique par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste du Bénin (ARCEEP-Bénin) relative à l’exploitation des services communément appelés « Wifi Zone » marque un tournant décisif dans la gouvernance du secteur numérique au Bénin. En exigeant désormais une autorisation préalable pour toute activité de fourniture ou de commercialisation d’accès à Internet, l’organe de régulation affiche sa ferme volonté de mettre un terme à l’informalité qui caractérise ce pan stratégique de l’économie numérique nationale.
Depuis quelques années, les « Wifi Zone » se sont multipliées dans les grandes agglomérations, notamment à Cotonou, Abomey-Calavi et Parakou, offrant un accès à Internet à moindre coût, mais souvent en dehors de tout cadre légal. Si ces initiatives ont pu répondre à un besoin réel de connectivité, leur développement anarchique a progressivement soulevé de graves préoccupations en matière de qualité de service, de sécurité numérique et de traçabilité des communications.
C’est dans ce contexte que l’ARCEP, par un communiqué officiel, rappelle avec fermeté que la fourniture de services Internet ne saurait s’exercer sans licence ou autorisation dûment délivrée. Loin d’être une simple exigence administrative, cette mesure vise à instaurer un environnement numérique structuré, équitable et sécurisé, conforme aux standards internationaux de régulation des télécommunications. Elle répond également à une nécessité impérieuse : protéger les consommateurs contre les pratiques abusives et garantir une concurrence loyale entre les différents acteurs du marché.
Consciente toutefois de la réalité socio-économique des exploitants concernés, l’ARCEP a accordé un délai exceptionnel de mise en conformité courant jusqu’au 31 janvier 2026. Cette période transitoire constitue une main tendue aux opérateurs informels, les invitant à régulariser leur situation avant l’entrée en vigueur de sanctions sévères. Passé ce délai, toute activité non autorisée sera assimilée à une infraction, exposant ses auteurs à des poursuites administratives et pénales prévues par les textes en vigueur.
Au-delà de la contrainte réglementaire, cette décision s’inscrit dans une vision plus large de modernisation et d’assainissement du secteur des communications électroniques. Elle traduit la volonté des autorités de bâtir un écosystème numérique fiable, sécurisé et porteur de croissance, à l’heure où le numérique s’impose comme un levier incontournable du développement économique et social.
La régulation des « Wifi Zone » apparaît ainsi non comme une entrave à l’innovation, mais comme une condition essentielle à l’émergence d’un numérique responsable, au service de l’État, des opérateurs et des citoyens béninois.
Stéphane AHINOUHOSSOU