BÉNIN: RECALÉ AU BAC MALGRE UNE BONNE MOYENNE GÉNÉRALE

Valérie D. MITOKPE Psychopédagogue Spécialiste en Promotion de la famille – GRH opine sur le sujet.

Un élève de la série A2 avec une moyenne de 11,42/20 est refusé à l’admission du premier diplôme universitaire car ayant obtenue la note éliminatoire, « 0 » dans une des sept (07) matières de composition à l’écrit. Même si ce fait est courant dans les jurys de délibération au Bénin, plusieurs interrogations s’imposent aux acteurs de l’éducation.

A quoi sert l’examen du Bac ?

Quelle est l’approche pédagogique pratiquée dans les classes au Bénin ? Quelle éducation pour propulser le développement ?

1-L’examen du Baccalauréat (Le BAC)

Le baccalauréat est l’ultime épreuve qui marque la fin du cycle scolaire et le début du cursus académique dans plusieurs Etats. Autrefois, dans certains pays, le bac était le passeport pour l’entrée dans la vie active comme en France où il a été établi comme degré constitutif de l’université de 1808. Pour la petite histoire,

« …l’arrêté du 12 mai 1809 dit expressément que le grade de maître es arts correspond à celui de bachelier es sciences et es lettres. En reconnaissant l’identité des deux titres, on rassurait sans doute les détenteurs du titre de maître es arts et l’on marquait, sous un vocable différent, la continuité du grade. (…) Il faut distinguer, dès le début, le baccalauréat es lettres du baccalauréat es sciences dont l’histoire ne deviendra commune qu’à l’époque toute contemporaine avec les réformes de 1890 et de 1902. » (P. Meurriot, 1919, pp8-9)

De cette histoire, il ressort que le Baccalauréat était d’abord pour les littéraires avant de se voir ouvert aux scientifiques. Il était aussi purement oral jusqu’à la réforme de Coussin en 1840. C’était l’ère de la rhétorique effectivement. Mais l’examen du Baccalauréat a évolué. Il a connu des reformes, a traversé des frontières, a brassé des cultures sans rien perdre de son caractère d’examen public. Même aujourd’hui, au Bénin, il revêt une grande importance et sa préparation est des plus fastidieuses et stressantes. Quel que soient ses difficultés ou insuffisances relevées et révélées dans le temps et dans l’espace, l’examen pour marquer le grand passage de l’enfance à l’âge adulte va encore exister dans de nombreux pays conservateurs.

La problématique en jeu serait plutôt de savoir quels critères faire évaluer aujourd’hui pour décréter qu’un enfant possède assez de rudiments nécessaires pour affronter les études supérieures ? ce qui conduit à interroger les méthodes et particulièrement, l’approche pédagogique en cours en République du Bénin.

2-L’Approche Par les Compétences (APC) au Bénin

L’approche par Compétence, APC est une méthodologie développée par JM. De Ketele, X. Roegiers et le groupe du BIEF. Elle a été transposée dans le domaine de l’éducation après avoir été initialement appliquée dans la formation professionnelle au niveau des entreprises. L’APC est une méthodologie éducative implantée actuellement dans plusieurs pays du monde entier.  Son influence dans le domaine de l’éducation et de la formation est considérable. Au Bénin, le système éducatif est passé d’une Pédagogie Par Objectifs (PPO) à un programme par compétences – l’APC – parce qu’il a été constaté que ce qu’on apprend en classe n’a pas de grandes utilités pratiques dans la vie courante vu que les acquis ne sont pas forcément réinvestis dans la vie sociale au quotidien. Aussi, l’implémentation de l’APC au Bénin remonte-t-elle aux années 90 dans l’enseignement du premier degré. Son application a progressivement atteint le deuxième degré une dizaine d’années plus tard.

Ce programme adopté et inséré dans le système éducatif béninois s’inscrit dans la logique d’une formation centrée sur le développement des compétences et pas seulement sur l’acquisition des connaissances. La logique consiste donc à intégrer les compétences et non accumuler les connaissances. L’APC se déploie dans les classes à travers la trilogie Enseignement – Apprentissage – Evaluation. Expliquons brièvement ces trois concepts. L’enseignement est l’action d’apporter un savoir. L’apprentissage s’identifie à une démarche consciente, volontaire et observable dans laquelle un apprenant s’engage, et qui a pour but l’appropriation d’une connaissance. L’évaluation quant à elle, n’est pas une pratique indépendante mais un élément du dispositif de l’APC. Evaluer consiste à porter un jugement sur les apprentissages des élèves, la qualité de l’enseignement en vue d’une décision (Infre, 2018). Selon l’Institut National pour la Formation et la Recherche en Education (INFRE), lors de cet exercice, sont évalués et l’enseignement donné et l’apprentissage qui en est fait. Ce faisant, dans l’APC c’est la compétence individuelle qui est recherchée et qui doit être développée. Il se pose alors la question de savoir comment évaluer judicieusement ce qui a été enseigné collégialement à une classe et qui s’apprend individuellement ?

En effet, l’évaluation est la dimension la moins hasardeuse et la plus rigoureuse de l’APC. Qu’elle soit formative, sommative ou même diagnostique l’évaluation répond à des critères précis et respecte des exigences. Cependant, ici au bénin, le mécanisme d’évaluation comme il s’est toujours pratiqué, reflète encore l’approche globaliste de l’enseignement. Ce qui est en complète contradiction avec l’APC. L’évaluation serait plus efficace si elle est adaptée à chaque élève pour favoriser le développement de ses compétences. Elle répondrait mieux aux objectifs de l’APC pour certifier les acquis de l’élève en termes de résolution de situations concrètes, et non en termes d’une somme de savoirs que l’élève s’empresse d’oublier, et qu’il ne sait même pas comment les utiliser dans la vie active (X. Roegiers, 2000). A ce niveau un flou de questionnements survient quant à la mise en œuvre de l’APC.

•Quelles compétences vise-t-on effectivement chez les apprenants ?

• Est-ce qu’il faut continuer par exiger les matières scientifiques à des enfants à aptitude littéraire après le cycle de l’enseignement de base ?

•Est-ce qu’un élève peut être considéré comme nul dans la logique de l’approche par les compétences ?

Ces réponses permettront de repenser et de redéfinir les curricula de certaines séries. En outre :

•est-ce que tenter de répondre à une question n’est pas une compétence à récompenser ?

•est-ce que la discipline d’un candidat dans une salle de composition pendant des heures d’épreuves n’est pas une application à évaluer ?

•est-ce que le respect d’un candidat à l’endroit des surveillants de classe ne relève pas d’une bonne conduite et donc à encourager ?

•est-ce que la ponctualité d’un candidat dans un centre d’examen n’est pas une habileté à évaluer et à saluer ?

•ne faut-il pas reconnaitre l’effort d’un enfant qui a su répondre présent à sa convocation même s’il n’a donné aucune réponse juste dans une épreuve ?

Si l’une des réponses à cette série de questionnement est ‘oui’, alors rien ne justifie de mettre la note zéro, équivalant à l’appréciation « nulle » sur une copie d’examen. Tout au moins, par respect à l’environnement et pour dire non au gaspillage, il faut reconnaitre la valeur de l’encre du stylo qui a été utilisé.

Par ailleurs, peut-on affirmer qu’un élève soit complètement nul, précisément en mathématiques si ce n’est pas pour assouvir l’image de domination que certains enseignants de cette matière lui accordent ? La mathématique se pratique au quotidien dans nos marchés, dans nos rues, dans nos programmes, etc. Elle se mène dans toutes les activités par des analphabètes, des illettrés, des villageois, des intellectuels, etc. par toute personne qui vit.

3-Quelle éducation pour le développement ?

L’éducation à donner aux citoyens dépend du développement voulu et projeté. Ce sont les hommes qui font le développement et qui en bénéficient également. Aujourd’hui on parle du développement durable avec des objectifs bien définis dont une éducation de qualité. Une éducation de qualité est celle-là qui contribue au plein épanouissement intégral de la personne humaine. L’ODD 4 vise à assurer à tous une éducation de qualité, sur un pied d’égalité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout le long de la vie. Est-ce que recaler un candidat qui malgré une note nulle dans une matière a pu réunir une moyenne largement en dessus de celle d’admissibilité promeut l’apprentissage tout au long de la vie ? Certains trouveront que reprendre la classe serait une seconde chance. Psychologiquement, il faut posséder un état d’esprit hors du commun et avoir une personnalité complètement soumise pour abdiquer devant une telle sentence. Car l’échec scolaire est perçue comme une faiblesse et crée une amotivation chez l’élève. Et on sait comment l’amotivation est délétère pour les performances scolaires. Rien ne garantit un meilleur résultat l’année suivante encore moins un intérêt pour les mathématiques. En passant, pour faire aimer les mathématiques aux apprenants, il faut s’y prendre autrement. Il faut humaniser les mathématiques.

Le point 4.4 des ODD invite à « augmenter considérablement le nombre de jeunes et d’adultes disposant de compétences, notamment techniques et professionnelles, nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entrepreneuriat ». De quelles compétences techniques un futur littéraire à t-il besoin pour évoluer dans un cycle supérieur ou pour entreprendre ? Loin d’inviter à une rébellion, il faut se demander en quoi une telle décision du jury contribue au développement quand on sait ce que signifie socialement et économiquement une année d’étude dans la vie d’un élève, de ses parents et de la nation toute entière.

In fine, pour amorcer le développement, on a besoin de plusieurs compétences qui ne peuvent se retrouver chez une seule personne. Chacun est une chance pour l’humanité. Chaque individu possède ses talents et le rôle de l’éducation est de faire ressortir en chacun ses potentialités, les arroser pour bien les faire germer et non les étouffer par des décisions rigoristes. Une approche éducative par le développement des compétences est à encourager et surtout à contextualiser pour favoriser un développement intégral. Mais quel type de développement vise le Bénin ?

Valérie D. MITOKPE épse AGONGLO
Psychopédagogue
Spécialiste en Promotion de la famille – GRH

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