Idrissou ZIME YERIMA, enseignant-chercheur au département des Sciences du Langage et de la Communication de la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication de l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) a écrit un conte polémique sur « l’origine de l’insulte ».
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CONTE POLÉMIQUE
L’origine de l’insulte
Les deux bagarreurs étaient torse nu. Pour tout habillement, ils ne portaient en fait qu’un cache-sexe en cuir. Cela durait déjà au moins dix longues minutes qu’ils échangeaient des coups de poings sans s’accrocher comme au début. L’attroupement, composé de presque la totalité de cette petite tribu des premiers hommes, les regardait. Tout le monde sait qu’il y a toujours une foule qui se forme dès que deux personnes en viennent aux mains. C’est un comportement que nous tenons de nos aïeuls. Personne n’essaya de séparer les bagarreurs. Aujourd’hui, il arrive qu’on sépare deux personnes qui ont un accrochage. Avant, cela ne se pouvait pas. Certainement, le besoin de savourer un spectacle de pugilat, le tout premier que l’homme a hérité de son ancêtre primate, à en croire Darwin, s’avérait plus grand que tout. Par conséquent, les membres de la communauté ne pouvaient penser un seul instant à les séparer, d’autant plus que le faire interrompait leur unique distraction. À l’orée de la forêt, commençait une vaste clairière. C’est l’arène, l’aire du combat qui est sans doute à l’origine du ring. Ce que nos pères faisaient depuis des millénaires, nous en avons gardé les traces dans notre vécu actuel. Même à l’école, lorsque deux élèves veulent se battre sérieusement, ils s’invitent à un endroit précis, presque toujours le même, imitant de ce fait sans le savoir leurs ascendants. Même s’ils voulaient aller s’affronter discrètement, il y avait toujours des témoins.
Devant les spectateurs surexcités, encourageant leurs champions, les deux hommes se donnaient toujours des coups, offrant une chorégraphie théâtrale éclairée par les rayons orangés du soleil craintif qui déclinait tout là-bas, derrière les montagnes, comme s’il fuyait une scène qui le dégoûtait.
Quelques individus apprêtaient déjà le feu de bois avec le bois de feu. En principe, en dehors bien sûr de cuire leur nourriture, ce dernier remplissait trois fonctions principales : les éclairer, éloigner les fauves et les réchauffer pendant les périodes de grandes fraîcheurs. Mais, ici, seule la visibilité des lutteurs les motivait. Si le soleil disparaissait, ils ne pourraient plus les voir nettement. Mais avec la moindre flamme, on pouvait distinguer les challengers : deux costauds qu’on ne pouvait pas confondre. L’un était le plus grand de la tribu et l’autre le plus court.
Pendant que ces deux primates évolués se battaient, on entendait une agitation de plus en plus forte qui émanait de la brousse environnante. Mais personne n’y prêtait vraiment attention. Tout le monde savait qu’il s’agissait de plusieurs singes cachés derrière les arbres qui regardaient le spectacle que leur offraient ces êtres dégénérés qui leur ressemblaient étrangement, mais qui pitoyablement n’arrivaient pas à se déplacer à quatre pattes. Quel dommage ! Ces simiens trouvaient qu’il n’y avait de pire handicap que de ne pas pouvoir marcher ou courir sur tous ses membres. Et rien de plus drôle que de voir leurs voisins se battre seulement sur deux pieds. Ce que les hommes considéraient comme un avantage et un signe de supériorité et d’évolution était perçu par eux comme une affreuse condamnation. Mais, il n’empêche, ils regardaient néanmoins de façon assidue ce combat des plus étranges. Le torse des deux hommes dégoulinait de sueur. Malgré leur corps encore fortement velu et la faible clarté du soir finissant, on le voyait. Le plus grand de taille ramassa un gourdin de chasse, rassembla toutes ses forces et asséna un coup sec et très violent à son adversaire qui essayait de prendre son élan. Ce dernier tomba et ne bougea plus. Ses jambes ne répondaient plus. Le tombeur regarda la foule, jeta son gourdin assommeur, se donna quelques coups sur la poitrine, comme un gorille, et poussa un cri féroce de victoire : GOOONIIIREEE ! Mais le combat devait se poursuivre ; car l’homme
à terre bougea. La foule, qui voulait se disperser, attendit. Un lutteur avait perdu un round mais pas la partie.
En ce temps-là, les hommes en désaccord avaient quelques moyens de régler leur différend : se donner des coups de poing ou de bâton, utiliser n’importe quel objet et tendre des pièges pour que l’adversaire y tombe et se blesse. Leur combat prenait fin lorsqu’un des adversaires ne pouvait plus se battre. Et ne plus bouger le signalait comme un indice probant. Lorsqu’un challenger tombait et qu’il ne voulait plus poursuivre la lutte, il lui suffisait de ne plus se mouvoir. Le vainqueur se cognait alors la poitrine et poussait son cri de victoire. Cela représentait un héritage des anthropoïdes dont ils descendaient. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de voir le gagnant d’un match de boxe ou même de toute autre discipline sportive se comporter de la sorte.
Ce sont nos ancêtres primates qui ont appris aux premiers humains le rituel des pugilats. Quand deux gorilles se battaient, les autres se mettaient en spectateurs et poussaient des cris d’encouragement. C’est exactement ce comportement qu’imitaient les spectateurs du match en cours. C’est aussi ce que font aujourd’hui les spectateurs autour d’un ring ou dans les stades. C’est le même rituel de combat que nous reproduisons inconsciemment. À la fin, le vainqueur recevait la femme disputée ou devenait le chef selon le motif du pugilat. Aujourd’hui encore, nous le faisons symboliquement. Le vainqueur de la boxe reçoit un trophée. Le trophée est un substitut de la femme. Il devient aussi le roi de la boxe comme le singe vainqueur d’une bagarre de leadership devient le chef des siens ou comme l’homme primitif victorieux devient le chef de sa tribu. Dans les sociétés anciennes, devenir roi était une entreprise dangereuse car, il fallait affronter les autres prétendants et cela finissait par des éliminations physiques. Dans les sociétés modernes dites démocratiques, cet affrontement est aussi régulé et on l’appelle élection. Les prétendants sont les candidats aux élections. Les spectateurs sont les électeurs. La dispute ne se fait plus en principe physiquement entre les deux candidats mais plutôt à travers les programmes. L’innovation, c’est que c’est le spectateur, devenu électeur, qui choisit le vainqueur. Mais dans l’ensemble, le même schéma appris des hominoïdes reste inchangé.
Ainsi, chez les premiers hommes, dans le rituel de combat, trois signes successifs marquaient la fin des échauffourées : l’immobilité d’un lutteur, des frappes sur la poitrine et le cri de victoire. Voilà pourquoi tous les spectateurs jugèrent le match terminé lorsque l’un des adversaires ne bougea plus. Mais l’homme tombé, qui ne bougeait pas, ne voulait pas abandonner. Il n’avait pas encore dit son dernier mot. L’enjeu était très important. C’est pour une fille qu’il se battait. S’il laissait tomber, c’est qu’il perdait, non seulement le combat, mais aussi la créature désirée. En effet, rien n’opposait ces deux braves en dehors de cette… femme de discorde. Il fallait les départager. Et le moyen naturel que nos ancêtres de cette époque avaient trouvé, c’était la bagarre, héritée eux aussi des leurs.
Malgré la douleur qui le tenaillait et le maintenait au sol, l’homme bougea donc. Et la foule attendit, regardant ce combattant qui essayait encore de se mettre debout. Peine perdue. À chaque fois, il retombait. Son rival, enragé par cet adversaire coriace qui ne voulait pas céder, s’approchait déjà férocement de lui, la gueule ouverte et les griffes prêtes à étriper l’ennemi. L’homme à terre arriva à saisir un gourdin, le même que son adversaire avait utilisé pour l’assommer avant de le laisser choir. Prenant appui sur ses genoux, il donna, avec une force insoupçonnée, un coup très violent aux jambes de son rival. Celui-ci hurla de douleur. S’affaissa. Tout comme son adversaire, il ne pouvait plus se relever. C’était une situation inédite. Deux adversaires qui au cours d’une rixe se cassent les membres inférieurs et ne peuvent plus continuer le combat ! Que fallait-il faire ? Tout le monde attendait. Les deux hommes, assis maintenant, se fixaient ; ils auraient aimé être proches l’un de l’autre et continuer à se battre ; mais impossible ! Alors, ils se fixaient férocement. Comme si leur combat se poursuivait à travers le regard devenu subitement une de leurs armes. Un dard. Voilà l’origine de l’expression darder du regard. Lorgner aussi a été inventé par les premiers hommes. Ou plus exactement par les premières femmes. C’est-à-dire, les femmes des premiers hommes. Aujourd’hui, on sait bien que pour un homme, il n’est pas rare de voir les femmes mener une guerre d’insultes et en venir aux mains. Il s’agit d’une évolution. Avant, cela ne se passait pas de cette façon. Lorsque leurs partenaires se battaient, les femmes, elles, se lorgnaient à défaut de se donner des coups. Le regard devint un substitut de coup. Moins douloureux, certes, mais il avait aussi les
attributs des coups. Le regard peut être agressif, violent, perçant, sévère, etc. Avant d’avoir ces attributs de violence, il possédait déjà les attributs de la tendresse, de la douceur, de la bienveillance, etc. Déjà, on le savait donc tendre, doux et bienveillant. Comme par nécessité manichéenne, il a fini par devenir belliqueux et très violent. Et c’est ce type de regards que ces deux ancêtres de gladiateurs arboraient à présent.
Le soleil disparut complètement. C’est le feu de bois, alimenté assidûment, qui éclairait à présent la scène et les deux rivaux. Une fumée blanchâtre montait et se dispersait doucement dans l’atmosphère. Les spectateurs respiraient une odeur aigre faite d’un mélange de senteurs provenant de divers types de bois allumés ensemble. Il régnait à présent un silence tendu perturbé par le coassement des crapauds provenant du grand lac situé un peu plus loin là-bas entre la lisière de la forêt et la montagne. Des lucioles scintillantes comme de petits feux d’artifices sortaient parfois de la forêt et y retournaient. Les étoiles semblaient décoder leur message et répliquaient en scintillant de plus en plus fort. Tout le monde attendait. Même les singes cachés derrière la scène, dans les arbres non loin de la lisière, observaient toujours, plus curieux que jamais.
Soudain un grognement se fit entendre. C’est l’un des bagarreurs qui le poussa en faisant un mouvement de tête qui prouvait qu’il visait l’autre. C’était un peu comme un chien qui aboyait sur quelqu’un. Lorsqu’un chien aboie sur vous, vous le savez. La cible reçut le grognement comme une blessure et réagit avec le même type de grognement. Un échange de grognements s’ensuivit. Ils prenaient chacun la valeur d’une insulte. Mais ils ne résonnaient pas encore comme des sons articulés. Et au fur et à mesure qu’ils les échangeaient, ils essayaient de les améliorer. Progressivement, les grognements se transformaient en signes verbaux bien articulés. Ils devenaient des idéophones, c’est-à-dire, des mots dont les sons décrivent une idée ou l’idée de quelque chose. L’homme court se souvint de la démarche de son rival de grande taille qu’il n’aimait pas. Pour lui, c’était un défaut majeur. Il se dit alors que s’il lui notifiait cette imperfection, cela lui ferait mal comme un coup de poing ou comme une pierre à lui lancée. Aussi, prononça-t-il de toute sa force le mot YOGUN YOGUN. Il s’agit d’un idéophone devant donner l’idée de quelqu’un de grand marchant de façon désordonnée. Comme on pouvait
s’y attendre, le géant reçut le mot avec une grande douleur. Il ne ressentait pas une souffrance physique mais une autre forme de peine qui empirait son tourment. Une grande colère l’envahit et presque spontanément, il répliqua : KUNTA KUNTA! Car il se souvint de la démarche imparfaite de son rival petit de taille. KUNTA KUNTA donne l’idée de la démarche lourde, pesante et imparfaite d’un homme court. Le nabot reçut également ce mot qui le piqua dans son âme, exacerbant la douleur déjà insupportable.
Les deux continuaient à échanger des idéophones pour se faire mal. Les spectateurs toujours présents assistaient à une forme de bagarre jamais vue auparavant : la bagarre verbale. Et cette forme de combat se prolongeait. Cette soirée éclairée par un feu de bois était décidément une soirée d’inventions et de toutes les surprises… Après avoir échangé des idéophones pendant un temps, les deux rivaux sentirent le besoin de passer à un niveau supérieur. Le géant se rappela qu’à la chasse, l’homme court n’arrivait pas à atteindre sa cible. Alors, il se dit qu’en pointant publiquement ce défaut, il arriverait à faire très mal à son rival. Il lança donc avec furie le mot bien articulé suivant : KUTARU! (qui signifie maladroit). L’homme court en souffrit et aussitôt réagit par les mots suivants : SWA BAKASU! Une expression qui signifie grandes oreilles. En effet, il se rappela que l’homme le plus grand de taille de la tribu possédait aussi les plus gigantesques oreilles – comme s’il existait un rapport de proportionnalité entre la grandeur des oreilles et la taille de l’individu. Il avait toujours considéré ces énormes organes d’écoute comme un défaut même si dans toute la tribu, tout le monde paraissait indifférent à eux. Au demeurant, personne d’autre n’eut jamais auparavant l’idée d’une remarque désobligeante à son prochain sur un détail corporel. Dans une autre circonstance, dire au géant qu’il disposait de grandes oreilles n’aurait pas été considéré comme une offense. Peut-être qu’il aurait même pris cela pour un compliment. Mais ici, dans un contexte d’affrontement sans merci, c’était incontestablement un affront. Même le meilleur compliment de la part de l’adversaire prenait un sens négatif. Par conséquent, l’homme aux grandes oreilles s’énerva davantage, chercha une imperfection plus grave chez son rival et la lui lança comme une pique. Ce dernier fit de même. S’ensuivirent des échanges de mots de plus en plus blessants. Piqué
au vif, l’homme aux grandes oreilles regarda autour de lui, vit une pierre qui brillait, éclairée par les flammes. Il l’avait aperçue depuis un bon moment, mais ne pensait pas réussir à l’atteindre. Mais cette fois-ci, il eut une idée. Il se coucha sur le dos, envoya son long bras droit vers l’arrière, saisit la pierre, se rassit, respira un coup et la lança à son rival. Ce dernier n’arriva pas à l’esquiver et la reçut en pleine figure. L’impact lui broya la mâchoire et coupa gravement sa langue. Néanmoins, il saisit le caillou tombé sur ses jambes et avec la force de la colère et de la douleur, fit un retour à l’envoyeur. Certes, l’homme de petite taille brillait par sa maladresse, mais la distance qui le séparait de sa cible étant très réduite, il ne pouvait pas la rater. L’homme de grande taille reçut à son tour le projectile en pleine figure avec les mêmes dommages que chez son rival.
À présent, ils ne pouvaient même plus parler… Ce spectacle en était vraiment un ! Pour les hommes et les femmes de la tribu, c’était inédit. Ils assistèrent successivement à une bagarre sans coups, c’est-à-dire, une forme de lutte ; avec des coups de poings, de pieds, de bâtons et de cailloux ; avec des regards violents ; des jurons et des mots offensants… Ainsi, cette même soirée, venait de naître dans l’histoire de l’humanité l’insulte. Freud, citant un écrivain anglais, qu’il n’a jamais nommé, a écrit : « Le premier être humain qui a jeté une insulte au lieu d’une pierre est celui qui a inventé la civilisation. » Ce n’est pas vrai. Le premier homme à avoir prononcé une insulte, on l’a vu, ne l’a pas fait parce qu’il paraissait plus civilisé ou moins sauvage. Non, il l’a fait parce qu’il n’avait pas le choix. Il l’a fait parce qu’il ne pouvait plus donner des coups ou lancer des pierres. Il l’a fait donc pour deux raisons principales : son adversaire ne pouvait pas être atteint par les coups compte tenu de la distance qui les séparait et aucune pierre ne se trouvait à portée de main. Voilà. Comment la bagarre prit-elle fin ? Lequel des deux rivaux épousa-t-il la femme convoitée, qui attendait impatiente, tout près de là, qu’on vînt lui annoncer à qui elle appartiendrait des deux hommes ? Pour la première question, il paraît que le chef de la tribu a simplement demandé aux proches de chaque prétendant d’évacuer leur champion. Par contre, concernant la seconde question, il a dû prendre une décision. Les deux rivaux devaient reprendre leur bataille après s’être remis de leurs blessures. Effectivement,
quelques lunes après, la compétition eut lieu et l’un des prétendants la remporta. Le vainqueur était-il le plus grand de taille ou le plus petit de taille ? Le plus grand oreillard ou le plus grand maladroit ? Je ne saurais le dire, ma préoccupation étant de vous narrer l’origine de l’insulte et non le résultat d’un pugilat reporté sine die.
Depuis cette soirée mémorable, les bagarres s’étaient multipliées dans la tribu. Les habitants apprirent à s’insulter. Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est que l’insulte appelle l’insulte et ensuite les coups. Ainsi, lorsque deux personnes s’insultaient, elles finissaient par en venir aux mains. L’insulte se mua en un détonateur de la bagarre. On l’a vu avec nos deux rivaux. Vous savez comment l’homme aux grandes oreilles, face à la brûlure de l’insulte, a tout fait pour trouver un caillou et la jeter à l’homme maladroit. En fait, l’homme qui inventa l’insulte a rendu sa tribu encore plus sauvage. Certaines bagarres n’auraient jamais eu lieu s’il n’y avait pas eu des insultes en amont. Certaines pierres n’auraient pas été lancées, sans des insultes au départ.
Jusqu’à présent, nous imitons ces premiers hommes. Oui, nous les imitons. Nous voyons comment après des échanges d’insultes, les individus se battent, les nations en arrivent à se faire la guerre. Et parmi les armes de ces guerres provoquées par l’insulte, il y a les galets. L’insulte conduit à les prendre. Elle n’est pas synonyme de leur abandon. Le premier caillou hostile est la pierre philosophale de la guerre. Chaque époque en opère la transmutation pour obtenir des substituts plus dangereux.
Comme armes à distance, les galets sont devenus au fil du temps des frondes, des catapultes, des flèches et aujourd’hui des missiles et des bombes atomiques. La cause de cette variété, c’est l’insulte. Par conséquent, le premier être humain qui a jeté une insulte au lieu d’une pierre n’est pas l’inventeur de la civilisation mais plutôt l’inventeur d’un détonateur de la sauvagerie.
Idrissou ZIME YERIMA
Calavi, juin 2022