Atacora-Donga : faire de la richesse locale le moteur de la lutte contre la pauvreté

L’Atacora et la Donga ont une richesse que les statistiques de pauvreté ne suffisent pas à mesurer : celle de leurs terres, de leurs ressources, de leurs savoir-faire, de leur jeunesse et de leur capacité de résilience. La véritable question n’est donc plus de savoir si ces territoires disposent d’un potentiel de développement, mais comment transformer ce potentiel en revenus, en emplois et en perspectives pour les populations locales. C’est dans cette perspective que le pôle de développement Atacora-Donga peut prendre tout son sens.

La lutte contre l’extrême pauvreté ne peut pas reposer uniquement sur des mécanismes de redistribution ou sur des interventions ponctuelles. Elle doit progressivement s’appuyer sur une économie locale capable de créer durablement de la valeur. Cela signifie produire davantage, mais surtout transformer davantage sur place.

  1. Créer de véritables chaînes de valeur locales

L’agriculture offre un formidable point de départ. Les producteurs ne devraient pas être cantonnés au rôle de fournisseurs de matières premières. Autour de leurs productions doivent se développer des unités de transformation, des infrastructures de stockage, des services de transport, des mécanismes de financement et des circuits de commercialisation efficaces.Une priorité pourrait être donnée à la création de zones de transformation agroalimentaire proches des bassins de production. Ces espaces pourraient accueillir de petites et moyennes unités spécialisées dans la transformation du soja, du maïs, du karité, de l’anacarde, des produits maraîchers et d’autres productions à fort potentiel.
Lorsqu’un produit agricole est transformé localement, sa valeur augmente. Lorsque cette transformation crée des emplois locaux, les revenus circulent dans les communautés.
La création de richesse devient alors un instrument de réduction de la pauvreté.

  1. Mettre en place un fonds territorial pour les jeunes et les femmes

Le financement demeure l’un des obstacles majeurs à la transformation des idées en activités économiques. Une proposition concrète serait de mettre en place un fonds territorial d’appui à l’entrepreneuriat, destiné prioritairement aux jeunes et aux femmes.Ce fonds pourrait combiner financement, accompagnement technique, formation en gestion et accès aux marchés. L’objectif ne serait pas simplement de distribuer des crédits, mais d’augmenter le taux de survie et de croissance des petites entreprises locales.
Il pourrait notamment soutenir les entreprises intervenant dans l’agriculture, l’agroalimentaire, l’artisanat, le numérique, les services, les énergies renouvelables, le tourisme et la transformation des ressources locales.

  1. Faire de la formation professionnelle un moteur économique

Le deuxième pilier doit être le capital humain.
Il faut rapprocher les centres de formation des besoins réels des entreprises et des filières économiques de la région. Les jeunes doivent pouvoir se former à des métiers immédiatement utiles au territoire : transformation agroalimentaire, maintenance des équipements agricoles, énergie solaire, mécanique, construction, numérique, logistique, tourisme, artisanat et services.Une idée particulièrement intéressante serait de développer des campus ou pôles de compétences territoriaux, associant centres de formation, entreprises et professionnels.
L’objectif serait simple :

  • former pour l’emploi,
  • former pour l’entrepreneuriat
  • former pour répondre aux besoins du territoire.
  1. Développer l’énergie pour libérer la production

L’accès à une énergie fiable et abordable doit être considéré comme une condition de compétitivité.
Des solutions solaires décentralisées pourraient notamment accompagner les zones de production et de transformation :

  • alimentation des ateliers,
  • conservation des produits,
  • pompage de l’eau,
  • irrigation,
  • chambres froides,
  • équipements numériques.
    L’énergie ne doit plus seulement être pensée comme un service domestique. Elle doit aussi être considérée comme un facteur de production et de création d’emplois.
  1. Moderniser les infrastructures rurales et les marchés

Il faut également réduire les pertes et les coûts liés au transport.La réhabilitation des pistes rurales, la création de magasins de stockage, de chambres froides et de marchés modernes permettraient aux producteurs de mieux conserver et commercialiser leurs produits.L’enjeu est de passer progressivement d’une logique de vente dans l’urgence à une logique de valorisation et de négociation du produit.

  1. Construire une économie numérique locale

Le numérique représente une opportunité particulière pour une région qui cherche à diversifier son économie.Des espaces numériques pourraient être développés dans les principales communes et zones économiques afin d’offrir aux jeunes des lieux de formation et d’accompagnement entrepreneurial.
Le numérique peut également permettre aux producteurs et aux artisans de mieux connaître les prix, d’accéder à de nouveaux clients, de promouvoir leurs produits et de développer le commerce en ligne.

  1. Faire du tourisme un secteur économique à part entière

L’Atacora possède également un patrimoine naturel, culturel et touristique susceptible de générer des revenus.
Mais pour que le tourisme bénéficie réellement aux populations, il faut favoriser une chaîne de valeur locale :
hébergement, restauration, artisanat, guides, transport, production culturelle et commercialisation des produits locaux.Le tourisme doit ainsi être conçu non seulement comme une activité de découverte, mais comme un marché pour les entreprises et les savoir-faire locaux.

  1. Créer un observatoire du développement Atacora-Donga

Une politique de développement doit pouvoir être mesurée. A cet effet, un observatoire territorial pourrait suivre régulièrement quelques indicateurs tels que : nombre d’emplois créés, entreprises accompagnées, revenus des producteurs, nombre de jeunes formés et insérés, investissements réalisés, évolution de la pauvreté, accès à l’énergie et à l’eau, transformation locale des productions.
Cette transparence permettrait de savoir ce qui fonctionne, ce qui doit être corrigé et où concentrer les efforts.
Le développement de l’Atacora- Donga ne doit plus seulement être mesuré par le nombre d’infrastructures construites ou le montant des investissements mobilisés. Il doit surtout être évalué par sa capacité à améliorer concrètement les revenus, les compétences, les opportunités et les conditions de vie des populations.
L’Atacora-Donga possède des ressources. Elle possède surtout des femmes et des hommes capables de les valoriser.
Le véritable défi est désormais de transformer ce potentiel en une économie territoriale dynamique, inclusive et résiliente, dans laquelle la richesse créée localement bénéficie davantage aux communautés locales.
C’est à cette condition que le pôle de développement Atacora-Donga pourra devenir un véritable instrument de réduction durable de l’extrême pauvreté, de consolidation du capital humain et de création de richesse.

Julien Pierre AKPAKI
Ancien DG/ ORTB
Ancien SG/ HAAC
Natif de la DONGA

flamboyant
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