Le Conseil des ministres réuni ce 2 septembre 2026 sous la présidence de Romuald Wadagni a arrêté un train de mesures sociales pour la rentrée scolaire et universitaire 2026-2027. Derrière la sobriété administrative du compte rendu se cache une décision qui va toucher, dans les prochaines semaines, plusieurs millions de familles béninoises : près de 30 milliards de francs CFA mobilisés pour que l’école reste, ou redevienne, un droit tenable pour tous.

Le chiffre qui frappe d’abord, c’est celui des cantines. L’an dernier, 1,4 million d’écoliers ont mangé grâce aux cantines scolaires publiques. Cette année, ils seront 1,9 million. Un demi-million d’enfants de plus qui ne quitteront plus la classe le ventre vide, portés par la montée en puissance de l’Agence nationale d’Alimentation et de la Nutrition. Dans un pays où la faim reste, pour trop de foyers, le premier obstacle à l’assiduité scolaire, ce n’est pas un détail budgétaire : c’est une condition de la réussite.
Mais l’école ne se joue pas qu’à midi. Elle se joue aussi dans les zones frontalières où l’insécurité a forcé la délocalisation de plusieurs établissements. Là, le gouvernement affiche un plan d’urgence pour que ni les élèves ni les enseignants ne paient de leur scolarité, ou de leur sécurité, le prix de l’instabilité régionale. C’est un rappel discret mais net : l’éducation est aussi devenue, au Bénin, un enjeu de résilience face aux menaces sécuritaires venues du Sahel.
Du côté du secondaire, le Conseil mise sur les filles. Reconstruction du lycée de jeunes filles d’Abomey, réhabilitation des lycées de Lokossa, Natitingou, Ouidah, Parakou, Porto-Novo, et surtout la gratuité totale de l’inscription pour les filles dans les filières techniques du secondaire. Un secteur où elles restent minoritaires, et où l’État choisit de lever la seule barrière qu’il maîtrise entièrement : celle de l’argent.
Le signal le plus fort reste peut-être celui envoyé à l’enseignement supérieur. La bourse estudiantine sera revalorisée jusqu’à 49 % selon les filières, un bond que peu de générations d’étudiants béninois auront connu d’un seul coup. Les bourses vers les filières techniques et professionnelles augmentent significativement, dans un pays qui cherche depuis des années à désengorger les filières générales. Et 63 bus neufs viendront irriguer onze villes universitaires, d’Abomey-Calavi à Parakou, pour que le transport cesse d’être un obstacle quotidien entre le campus et le logement.
Il y a enfin une mesure qui mérite d’être isolée du lot, tant elle change une trajectoire de vie plutôt qu’un confort : tout bachelier en situation de handicap avec un taux d’incapacité important, inscrit dans une université publique, recevra désormais une bourse. Ajoutée à la réhabilitation des infirmeries universitaires et à l’amélioration du cadre de vie sur les campus, cette décision s’inscrit dans une politique d’inclusion plus large adoptée le même jour, avec le doublement du financement dédié à l’entrepreneuriat des personnes handicapées, porté de 200 à 400 millions de francs CFA par an.
Trente milliards de francs CFA, c’est une somme. Mais la vraie mesure de cette rentrée ne se lira pas dans les colonnes d’un budget : elle se lira dans le nombre d’enfants qui resteront en classe jusqu’en juin, dans le nombre de filles qui oseront s’inscrire en filière technique, et dans le nombre d’étudiants pour qui une bourse relevée de 49 % voudra dire, enfin, ne plus choisir entre manger et étudier. Le Conseil des ministres a fixé le cap ; reste maintenant à l’administration de le tenir, jusque dans la classe la plus reculée du pays.
Saturnin Comlan HOUNKPE
