Les Démocrates : Evincé hier, Houndété appelé aujourd’hui à sauver un parti en déroute

Dans l’histoire récente de l’opposition béninoise, le parcours du parti Les Démocrates s’apparente de plus en plus à une tragédie politique. Ce qui devait être l’instrument principal de reconquête démocratique s’est progressivement mué en un parti fragilisé, traversé par des rivalités internes et confronté à un problème de leadership majeur. La promesse d’une opposition structurée s’est heurtée aux dynamiques propres de pouvoir et aux ambitions personnelles, laissant un vide qui pourrait se révéler fatal à l’aube des échéances politiques décisives.

Fondé en 2019 autour de Thomas Boni Yayi, ancien président de la République, le parti avait rapidement suscité un espoir : rassembler les forces de l’opposition pour contrer le président Patrice Talon. Sous la houlette d’Éric Houndété, figure expérimentée de la vie parlementaire béninoise, Les Démocrates avaient atteint un palier significatif lors des législatives de 2023, avec 28 sièges sur les 109 de l’Assemblée nationale.

Cette percée représentait un socle stratégique solide : présence institutionnelle, visibilité nationale et capacité de parrainage pour les échéances électorales à venir. Pourtant, les tensions internes n’ont pas tardé à se manifester. Une frange du parti reprochait à Houndété sa supposée proximité avec le pouvoir, alimentant des rivalités et conduisant à un bouleversement inattendu : le retour de Thomas Boni Yayi à la présidence du parti. Une décision qui, au lieu de consolider l’unité, ouvrit une période d’instabilité durable.

Trois ans plus tard, le constat est sévère : Les Démocrates peinent à maintenir leur cohésion. La crise liée au parrainage et la contestation de la désignation du candidat à la présidentielle ont profondément fracturé le parti. L’invalidation de la candidature de l’avocat Renaud Agbodjo en 2025, conséquence directe de querelles internes, a privé la formation d’une participation significative à la présidentielle.

Ce fiasco révèle une faiblesse structurelle plus inquiétante : un appareil politique incapable de gérer ses propres mécanismes décisionnels. La marginalisation initiale de Houndété apparaît aujourd’hui comme une erreur stratégique majeure. Avec plus de quarante années d’expérience politique, plusieurs mandats parlementaires et une solide culture institutionnelle, Houndété reste l’un des profils les plus aguerris de la scène politique béninoise. Son rôle dans la recomposition de l’opposition pourrait s’avérer décisif pour « sauver les meubles ».

Le départ récent de Thomas Boni Yayi, officiellement pour des raisons de santé, ajoute une nouvelle dimension à cette fragilité. La vacance créée par son retrait met en lumière le paradoxe du parti : écarter un artisan clé pour finalement se retrouver dépendant de lui. Le dilemme est clair et brutal : Les Démocrates doivent reconstruire une direction crédible et cohérente ou risquer de se transformer en une coquille politique vidée de substance.
L’opposition béninoise se trouve à un carrefour.

Le retour potentiel d’Éric Houndété soulève des questions éthiques et stratégiques : jusqu’à quel prix un homme politique doit-il revenir réparer les fractures d’un parti qui, hier encore, l’avait écarté ? Les réponses à cette question détermineront non seulement l’avenir des Démocrates, mais également la capacité de l’opposition à jouer un rôle crédible dans le paysage politique béninois à l’approche des scrutins majeurs.

Stéphane AHINOUHOSSOU

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